L'idéologie du chamois

Publié par la Fée Violine

L'idéologie du chamois

L’idéologie du chamois

Bonjour, cher lecteur !

Mais non, je ne vous oublie pas. La preuve, c’est qu’il y a quelques jours, comme j’écoutais radio Eaux Vives Lozère (ma radio favorite), un étrange assemblage de mots m’a frappée. Le gars disait que certains Lozériens s’opposent à l’introduction du chamois dans les Gorges du Tarn, « pour des raisons idéologiques plus que techniques ». Je n’ai pas écouté la suite, réfléchissant à l’usage que j’allais pouvoir faire de ce magnifique oxymore - « L’idéologie du chamois », quel beau titre -, et comment j’allais pouvoir raccorder ça avec Utopix.

Vous saurez, cher lecteur, que ces gracieux animaux ont été installés l’année dernière en Lozère, et qu’ils s’acclimatent très bien dans les Gorges du Tarn. Il paraît qu’on ne les voit jamais sur le causse, c’est bien dommage pour nous, mais ils préfèrent les lieux escarpés. Effectivement, si on aime les parois verticales, il y a de quoi s’amuser dans notre grand canyon.

Moi qui ne suis pas un chamois, je préfère le causse, qui tend nettement vers l’horizontale, avec juste assez de courbes pour que ce soit beau.

Mais que diable l’idéologie vient-elle faire là-dedans, j’avoue que je ne vois pas trop, et je suis sûre que les chamois ne le voient pas non plus. Bien sûr, vous me direz qu’il s’agit d’une idéologie « anti-chamois ». Mais ce n’est pas plus clair. Est-ce une philosophie ? une théorie politique ? une religion ? Bon, allez, j’arrête de me moquer de ce monsieur qui n’a peut-être pas employé le mot adéquat. En tout cas je le remercie de me fournir (involontairement) le départ d’une chronique !

Bon, le rapport de tout ça avec Utopix, me direz-vous ?

D’une manière générale, vivre proche de la nature n’incite pas à se perdre dans les idées abstraites. À la réflexion, je me sentirais même assez proche des chamois qui gambadent dans les rochers, moi qui depuis des mois passe le plus clair de mon temps à sauter de branche en branche[1] dans mon arbre généalogique qui a maintenant les dimensions d’une forêt, avec plus de 2000 personnes, une forêt enchantée. Quelle joie de découvrir tous ces gens, parents ou alliés, ancêtres directs ou branches collatérales, dont je m’efforce minutieusement de retrouver les traces. Je remonte jusqu’au XVIème siècle, de divers côtés, mais souvent les archives s’arrêtent au cours du XVIIème.

« Tu vas bientôt remonter jusqu’à Vercingétorix », me dit mon père, enchanté que maintenant j’en sache plus que lui sur ses aïeux.

À quoi je lui réponds que Vercingétorix vivait en Auvergne et non en Haute-Saône.

Je vous parlerais volontiers de tout ça en détail, cher lecteur, mais je crains que les paysans de Fougerolles et du Val d’Ajol, les instituteurs des Deux-Sèvres ou les musiciens militaires du Second Empire n’aient que peu de rapport avec la Lozère ni avec Utopix.

En fait, j’ai quand même un ancêtre qui est né à quelques kilomètres du Gévaudan, à l’extrême sud du Cantal, et justement à l’époque où la Bête semait la terreur. Sûrement ses parents ont entendu parler du monstre.

Faut être sérieux, quand même, ceci est un blog consacré à Utopix.

Et hop ! un bond pour revenir en Lozère.

Il y a certainement sur le causse des gens qui s’intéressent aux idéologies, et d’une manière générale aux manifestations du monde moderne. Mais vu d’ici, le monde paraît si loin, si frivole. Jo regarde la télévision, moi je préfère la radio et les livres, et pas n’importe lesquels ; de préférence les émissions et les livres[2] qui nourrissent sans alourdir, qui font rêver et voyager, qui libèrent, qui donnent des ailes.

Vivent les chamois !

[1] Ça tombe bien, nous venons d’entrer dans l’Année du Singe.

[2] Mes dernières lectures : Jacqueline de Romilly, Mathieu Dauchez, Rémi Brague, Jean d’Ormesson, que j’ai tous adorés. Et aussi le célèbre roman « La vérité sur Harry Quebert » qui est littérairement archinul mais un polar palpitant.

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